
Gérer les émotions de nos multiples et les nôtres.
En collaboration avec Catherine Bilodeau, B. Éd.
Le premier anniversaire de nos jumeaux, triplés ou plus représente souvent une étape particulièrement significative. Cette première année aura été remplie d’adaptation, de défis, de sacrifices, de nuits trop courtes et probablement de quelques moments où nous nous sommes demandé comment nous allions réussir à passer au travers. Et pourtant, nous y voilà!
Cette première année nous aura aussi fait découvrir une parentalité extraordinaire et atypique. On se découvre parfois des forces insoupçonnées et des talents qu’on ignorait posséder. Les expressions « maman pieuvre » et « papa pieuvre » prennent soudainement tout leur sens! Propulsés par l’amour immense que nous portons à nos enfants, nous réalisons aussi la chance incroyable que nous avons de vivre cette aventure.
Alors, quand arrive enfin ce fameux premier anniversaire, il y a de quoi célébrer. Nous avons traversé la première année! On pourrait presque se dire que le pire est derrière nous… Et puis arrive la petite enfance!Nos bébés grandissent, marchent, parlent, explorent et développent leur personnalité. Avec cette nouvelle autonomie viennent aussi la frustration, l’opposition, les crises, les disputes et parfois les morsures, les coups ou les objets qui volent dans le salon.
Avec des multiples, il y a une particularité supplémentaire : nous accompagnons deux, trois enfants ou plus qui traversent sensiblement les mêmes étapes développementales en même temps. Deux enfants peuvent vouloir exactement le même jouet. Deux peuvent avoir besoin d’être consolés simultanément. Et la crise de l’un peut parfois devenir la crise de l’autre. Les parents de multiples se retrouvent aussi régulièrement devant une réalité inconfortable : il n’est tout simplement pas toujours possible de répondre aux besoins de tous les enfants au même moment. Il faut parfois prendre une décision qui répond au besoin de l’un alors que l’autre devra attendre.
L’objectif de cette page n’est pas de vous proposer une méthode de discipline. Chaque famille possède ses valeurs, son fonctionnement et son style parental. Nous souhaitons plutôt vous aider à comprendre certaines réactions émotionnelles normales de la petite enfance et vous proposer des pistes pour naviguer plus sereinement à travers cette période particulière avec des multiples.

QUAND LES ÉMOTIONS SE RENCONTRENT ... ET S'ENTRECHOQUENT!
Les disputes entre frères et sœurs font partie de la vie familiale. Chez les jumeaux, triplés et plus, elles peuvent toutefois prendre une place particulièrement importante dans le quotidien. Après tout, nos enfants grandissent côte à côte, traversent sensiblement les mêmes étapes de développement et passent énormément de temps ensemble. Ils partagent leur environnement, leurs jeux et l’attention de leurs parents. Il n’est donc pas étonnant que leurs envies, leurs besoins et leurs émotions entrent parfois en collision!
Cette proximité quotidienne peut aussi devenir une formidable occasion d’apprendre à se connaître, à collaborer et à développer une complicité qui leur est propre.
Un jouet convoité par deux enfants, une place sur le divan, un câlin avec maman ou simplement l’envie de jouer tranquillement sans être dérangé : les occasions de désaccord ne manquent pas. Et lorsque plusieurs tout-petits vivent simultanément une période d’affirmation de soi, les frustrations peuvent rapidement se multiplier.
Si ces conflits sont parfois épuisants pour les parents, ils ne sont pas nécessairement négatifs. Ils font aussi partie des apprentissages de l’enfance. À travers leurs interactions, les enfants découvrent progressivement comment exprimer leurs besoins, défendre leurs limites, composer avec celles des autres et trouver leur place au sein de la fratrie.
Chez les multiples, ces apprentissages prennent une dimension bien particulière : ils doivent apprendre à vivre ensemble tout en développant leur propre identité. Être jumeaux ou triplés ne signifie pas avoir les mêmes goûts, les mêmes réactions ou les mêmes besoins. Chaque enfant demeure une personne à part entière, avec son tempérament, ses préférences et son propre rythme de développement.
PARTAGER, ATTENDRE SON TOUR ET COOPÉRER : ÇA S'APPREND !
« Partage avec ton frère! » ou « Laisse ta sœur jouer avec toi! » Combien de fois prononce-t-on ces phrases au cours d’une journée?
Pourtant, partager n’est pas une habileté innée. Chez les tout-petits, la capacité à attendre son tour, à contrôler ses impulsions et à tenir compte des besoins d’un autre enfant est encore en développement. Il est donc tout à fait normal qu’un jeune enfant ait de la difficulté à céder un objet qu’il désire, même à son propre frère ou à sa propre sœur.
Chez les multiples, cette réalité peut devenir particulièrement exigeante. Les enfants se trouvent souvent au même stade de développement et peuvent vouloir exactement le même jouet, au même moment, sans encore posséder les habiletés nécessaires pour négocier ou trouver un compromis.
Ces compétences s’acquièrent graduellement, grâce aux expériences du quotidien, au jeu et à l’accompagnement des adultes. Apprendre à partager ne signifie toutefois pas devoir tout mettre en commun. Les jumeaux et les triplés partagent déjà une grande partie de leur quotidien, souvent sans l’avoir choisi. Ils ont aussi besoin de posséder certains objets qui leur appartiennent, de disposer de leur propre espace et de voir leurs préférences respectées.
Leur apprendre à partager, c’est aussi leur apprendre qu’ils ont le droit d’avoir quelque chose à eux.
QUAND LA FRUSTRATION S'EXPRIME AVEC LE CORPS
Il arrive que les désaccords entre tout-petits se traduisent par des gestes plus physiques : pousser, tirer les cheveux, griffer, frapper ou mordre. Ces comportements peuvent être déconcertants, particulièrement lorsqu’ils surviennent entre des enfants qui sont pourtant très attachés les uns aux autres.
Il faut se rappeler que les tout petits ne possèdent pas encore toutes les habiletés nécessaires pour exprimer leurs frustrations avec des mots. Leur langage, leur capacité à gérer leurs impulsions et leur compréhension des émotions sont encore en construction. Lorsqu’ils sont fatigués, contrariés, dépassés ou incapables d’obtenir ce qu’ils désirent, leur corps peut devenir un moyen d’exprimer ce qu’ils ne savent pas encore communiquer autrement. Et puis pour des parents de multiples et bien, c'est de vivre tous les désagréments en double et en triple.
Cela ne signifie pas que ces gestes doivent être acceptés. Lorsqu’un enfant frappe ou mord, il est important d’intervenir pour assurer la sécurité de tous et lui montrer progressivement d’autres façons d’exprimer sa colère. Toutefois, comprendre ce qui se cache derrière le comportement permet de réagir avec davantage de recul, plutôt que de considérer chaque geste comme une mauvaise intention.
Avec le temps, le développement du langage, l’acquisition d’habiletés sociales et l’accompagnement des adultes permettent généralement aux enfants de mieux gérer leurs désaccords. Certains auront néanmoins besoin de plus de temps et de soutien que d’autres.
Si vous êtes dans cette période, on pense à vous et on vous promet que c'est temporaire !
GRANDIR ENSEMBLE, SANS ÊTRE CONSTAMMENT COMPARÉS
La proximité entre les multiples peut également favoriser une certaine rivalité. Dès leur naissance, les jumeaux et les triplés sont souvent comparés, parfois sans même que l’entourage en ait conscience. Qui a marché en premier? Qui parle le mieux? Qui est le plus calme? Qui est le plus sociable?
Ces comparaisons sont d’autant plus faciles à faire que les enfants ont le même âge et franchissent souvent leurs grandes étapes de développement à quelques semaines ou quelques mois d’intervalle. Pourtant, grandir ensemble ne signifie pas évoluer au même rythme.
Même lorsque ces observations semblent anodines, les comparaisons répétées peuvent influencer la manière dont les enfants se perçoivent et perçoivent leur frère ou leur sœur.
Il est donc précieux de reconnaître les forces, les intérêts et les progrès de chacun, sans nécessairement les mesurer à ceux des autres. Un enfant peut avoir besoin de davantage de réconfort, tandis qu’un autre recherche plus d’autonomie. L’un peut être très expressif, alors que l’autre vit ses émotions plus discrètement. Ces différences ne sont ni des défauts ni des avantages : elles font partie de leur individualité.
Offrir à chacun des occasions d’être entendu, de faire ses propres choix et de recevoir une attention individuelle contribue à nourrir son sentiment d’appartenance et sa confiance en lui.
L’objectif n’est pas d’éliminer toute rivalité, mais d’aider chaque enfant à comprendre qu’il n’a pas besoin d’être meilleur, plus rapide ou plus sage que son frère ou sa sœur pour avoir sa place dans la famille.
ET NOTRE PATIENCE DANS TOUT ÇA ?
Accompagner les émotions d’un enfant demande déjà beaucoup d’énergie. Lorsque deux ou trois enfants vivent leurs frustrations en même temps, le défi prend une tout autre dimension! Il y a les journées où l’on arrive à accueillir les pleurs, à écouter les besoins de chacun et à intervenir avec douceur. Et puis, il y a celles où le manque de sommeil, le bruit, les disputes répétées et les sollicitations constantes finissent par épuiser notre patience.
Dommage qu'on ne peut pas commander une douzaine de caisses de PATIENTE chez Costco, l'équipe de Mamans Pieuvres aurait camper la veille devant le magasin pour être certaine d'en ramener à la maison pendant la petite enfance.
On entend souvent qu’il faut rester calme devant les crises de nos enfants. C’est un excellent conseil… mais il est parfois beaucoup plus facile à donner qu’à appliquer! Et puis c'est souvent ceux qui n'ont PAS de multiples qui sont les premiers à vous offrir ce super truc ! Sans rancune !
La patience parentale n’est pas une ressource inépuisable. Nos propres émotions, notre fatigue, nos expériences et notre niveau de stress influencent aussi notre façon de réagir. Il peut arriver que nous élevions la voix, que nous intervenions trop rapidement ou que nous ayons simplement l’impression de ne plus savoir comment répondre aux besoins de tout le monde.
Ces moments ne définissent pas notre valeur comme parents. Ils nous rappellent plutôt que nous aussi, nous avons des besoins, des limites et des émotions à apprivoiser. Et si, pour mieux accompagner les tempêtes émotionnelles de nos enfants, nous commencions par comprendre les nôtres? Car les réactions qu’elles suscitent chez les adultes qui les accompagnent quand ils sont brulés et dépassés par le quotidien, c'est à un autre niveau !
TEMPÊTES ÉMOTIONNELLES CHEZ LES ENFANTS: ET SI ON CHANGEAIT DE LUNETTES ?
Devenir parent, c’est s’embarquer dans une aventure à la fois merveilleuse et parfois déstabilisante. Parmi les grands défis du quotidien, il y a la gestion des émotions : celles des enfants, mais aussi celles des parents. Pour les parents de multiples, il faut bien admettre que le défi s’en trouve aussi multiplié!
Soyons honnêtes : rester calme devant une crise, surtout quand elle est en double ou en triple, ce n’est pas toujours évident!
POURQUOI EST-CE DIFFICILE ?
D’abord, cela commence avec sa propre histoire d’enfance. Bon nombre de parents n’ont pas bénéficié d’une éducation favorisant l’accueil des émotions. Jusqu’à tout récemment, le style parental dit «autoritaire » était davantage appliqué dans les maisonnées. Dans ce style éducatif, le parent va plutôt dicter aux enfants ce qu’ils doivent faire et utiliser les principes de punitions pour atteindre ses objectifs.
Aujourd’hui, le style parental de type « démocratique » est davantage encouragé, c’est-à- dire savoir poser des limites claires et cohérentes aux enfants, mais dans la bienveillance et l’écoute.
Lorsqu’un style parental de type autoritaire est utilisé, il amène souvent indirectement à nier ou à refouler les émotions vécues. Qui n’a jamais entendu :
- « Arrête de pleurer! »
- « Ne te fâche pas pour ça! »
- « Calme-toi! »
Vous vous êtes peut-être même déjà surpris à dire la même chose à vos enfants?
On ne peut vous blâmer et vos parents non plus. Les approches parentales dites démocratiques ou positives sont étudiées depuis environ quarante ans à l’échelle mondiale, mais elles se sont réellement démocratisées au Québec depuis une dizaine d’années seulement, notamment avec l’arrivée de programmes publics comme celui des pratiques parentales positives¹. Les connaissances en la matière sont donc relativement récentes.
Sans avoir eu de modèles positifs en matière d’accueil des émotions, il peut être difficile d’accueillir celles des enfants autrement que par les réflexes acquis durant sa propre enfance. Comme les enfants apprennent en grande partie par imitation², il peut être facile de reproduire les réactions que vos parents avaient devant vos émotions d’enfant.
Autrement dit, malgré la bonne volonté de vouloir réagir différemment, il est normal de trouver difficile de rester calmes et empathiques devant les fortes réactions des tout- petits. À leur tour, vos enfants reproduisent cette façon de s’exprimer. Oups!
Ensuite, il faut se rappeler que le cerveau et le système nerveux sont sensibles aux stimuli extérieurs et engendrent des réponses adaptées. Les réactions au stress psychologique ont permis à l’humanité de survivre jusqu’ici 3 . Bien que les dangers qui déclenchaient les réactions de stress de nos ancêtres aient évolué, le cerveau réagit tout de même intensément au stress de la vie de quotidienne.
Ainsi, une crise d’enfant ou un jouet lancé au visage peut être perçu comme une agression, déclenchant une réponse primitive du système nerveux. Un peu comme si vous faisiez face à un danger réel, voire vital. Votre cerveau cherchera à vous défendre, sans vraiment faire la différence entre un enfant en crise et un mammouth prêt à charger! Le réflexe de survie reste le même.
Les enfants, quant à eux, possèdent un cerveau encore immature, souvent dominé par ces mêmes mécanismes dits « primitifs ». Lorsqu’ils se sentent stressés ou menacés, leurs réactions peuvent ressembler à celles qu’un petit animal adopterait pour se défendre (par exemple, ils auront tendance à mordre, crier, taper, etc.). Elles ne sont donc pas engendrées par caprices ou par un manque de compétences parentales, mais par des mécanismes biologiques difficilement contrôlables.
Des études démontrent que les mères de jumeaux présentent plus de signes de fatigue, d’anxiété et de dépression que les mères ayant eu des singletons 4 . De plus, plusieurs mères de multiples évoquent ressentir de la culpabilité et de la frustration, liés au fait de devoir gérer plusieurs enfants simultanément⁵. Il est donc tout à fait normal comme parent de multiples de se sentir dépassé.
Dans ce contexte, il devient particulièrement difficile de rester calme et disponible face aux débordements émotionnels des tout-petits, surtout lorsque votre propre « coupe émotionnelle » est déjà pleine.
Enfin, vos blessures d’enfances peuvent être ravivées devant la détresse émotionnelle de vos enfants. Même celles dont vous aviez oublié l’existence. Vos réactions sont alors celles de votre « enfant intérieur » qui souffre encore et non celles d’un adulte mature qui souhaiterait rester calme.
Comme la psychothérapeute Isabelle Filliozat le dit si bien au sujet des débordements parentaux : « le plus souvent, [les enfants] n’y sont pour rien. Au mieux, leurs comportements font office de déclencheurs, mais les causes de notre attitude sont ailleurs » 6 . Ouf!
PAR OÙ COMMENCER ?
Avant même de chercher à intervenir auprès de vos enfants, il est essentiel de porter un regard sur votre propre façon de réagir et de voir la situation. En bref, examiner les lunettes avec lesquelles vous observez votre famille.
Une première piste intéressante consiste à prendre conscience de vos propres modes réactionnels. Nous avons vu que les émotions de vos enfants entraînent pratiquement systématiquement une réaction chez vous. Vos interventions seront donc plus efficaces si vous modifiez votre façon de réagir, mais surtout, si vous transformez votre perception du comportement des enfants. On pourrait dire qu’il faut d’abord changer de lunettes!
Il existe des pièges courants⁷ dans lesquels les parents tombent régulièrement. En prendre conscience permet déjà de mieux les éviter ou les ajuster.
1. Le piège du parent négatif
Il consiste à réagir aux comportements dérangeants en haussant le ton ou en menaçant (par exemple : « Arrête de crier sinon… »). Cela entretient alors un climat de tension et de ressentiment. De plus, ce piège amène souvent à accorder davantage d’attention aux comportements dérangeants plutôt qu’aux comportements agréables. L’enfant comprend alors qu’il obtient plus d’attention en réagissant fortement. Ces réactions intenses risquent alors d’augmenter, puisqu’elles deviennent la manière d’attirer rapidement l’attention du parent.
2. Le piège du parent parfait
Il se produit lorsque le parent souhaite atteindre la perfection plutôt que viser simplement à être un parent « suffisamment bon ». Ce parent souhaite avoir des réactions et des interventions parfaites, en tout temps. Or, les parents sont humains et les humains commettent des erreurs. Le perfectionnisme parental peut engendrer stress, déception, frustration et culpabilité, qui affecteront ensuite le climat familial. Et, surprise : vos enfants refléteront à leur tour ces émotions car ils sont de véritables baromètres et miroirs émotionnels!
3. Le piège de l’enfant parfait
Les parents ont parfois des attentes irréalistes envers leurs enfants. Dans ce piège, le parent oublie l’immaturité cérébrale des tout-petits et espère qu’ils agissent parfaitement de façon innée. Par exemple, il s’attend à ce que les enfants puissent se calmer seuls et rapidement, qu’ils soient capables d’être patients naturellement, etc. Ainsi, ces attentes incompatibles avec les capacités réelles des enfants entrainent souvent de la déception ou un sentiment d’échec parental. Il faut se rappeler que plusieurs comportements ou émotions vives sont temporaires et que le développement du cerveau humain prend du temps. Tirer sur une fleur ne la fera pas pousser plus vite!
4. Le piège du « martyr »
Il survient lorsque le parent s’oublie complètement, au profit de son rôle parental. Ses propres besoins (intimité, amitié, loisirs, repos, etc.) sont négligés et la relation conjugale peut en souffrir, tout comme la relation avec les enfants. Un parent envahi par la frustration ou le ressentiment aura plus de difficulté à être émotionnellement disponible pour ses enfants.
COMMENCER PAR SOI
Vous l’aurez compris, la perception que vous avez de vos enfants et de leurs capacités, ainsi que vos réactions influencent grandement le climat familial. Selon Joël Monzée, chercheur et docteur en neuropsychologie, les émotions des enfants ont besoin d’être corégulées avec un adulte de confiance jusqu’à ce qu’ils atteignent environ l’âge de 18 à 20 ans 8 . Autrement dit, le système nerveux des jeunes, encore immature, a besoin de votre soutien pour apprendre à se réguler par lui-même.
Lorsque vous accueillez les émotions de vos enfants avec bienveillance, vous leur offrez la possibilité de s’apaiser grâce à votre propre régulation. Cela contribue aussi à diminuer plus rapidement leur charge émotionnelle, car ils sentent que leurs besoins et émotions sont entendus.
À l’inverse, lorsqu’un enfant se sent incompris, il peut intensifier ses réactions afin d’être pris au sérieux. Vous l’aurez compris, les crises augmentent parfois simplement à cause d’une réaction invalidante.
Voici des exemples pour transformer les formulations présentées au début de cet article en versions plus bienveillantes :
- « Arrête de pleurer! » → « Je vois que tu as de la peine. Je te comprends, c’est difficile. »
- « Ne te fâche pas pour ça! » → « Oh, tu es vraiment en colère! Je vois que tu as envie de frapper. »
- « Calme-toi! » → « Viens, je vais t’aider à te calmer. »
Une fois l’émotion validée et reformulée, il devient ensuite possible de guider l’enfant vers des moyens d’expression plus acceptables. Par exemple, il a envie de frapper? Vous pouvez lui proposer de taper dans un coussin. Il crie? Il pourrait alors crier dans un oreiller ou dans ses mains. Cela dit, ces stratégies ne seront pas magiques. Elles devront être mises en pratique plusieurs fois avant qu’elles deviennent plus naturelles et les enfants devront être accompagnés dans leur utilisation aussi longtemps que ce sera nécessaire.
Il ne sert à rien de tenter de raisonner un enfant en crise. Son cerveau n’est pas du tout disponible à entendre et surtout, arrêter ce qu’il est en train de faire. Rappelez-vous qu’en situation de crise, le cerveau se mobilise pour une attaque. Ainsi, lui demander de cesser d’être en colère est contre-productif. Ce serait comme jeter de l’huile sur le feu. La présence bienveillante et la redirection risquent d’être plus efficaces, afin qu’il puisse calquer son système nerveux sur le vôtre. Un peu comme si on apprenait à l’enfant à voir avec de nouvelles lunettes.
La colère est souvent perçue comme une émotion négative à éliminer. Pourtant, elle est aussi légitime que les autres émotions. L’objectif n’est donc pas de la faire disparaître, mais de l’accueillir et de s’assurer qu’elle s’exprime dans le respect des personnes et de l’environnement.
Parfois, vous serez vous-mêmes trop submergé par vos émotions pour faire preuve de calme et d’empathie. Vous ne pourrez donc pas coréguler le système nerveux de votre enfant avec votre système dérégulé. Dans ces moments, la meilleure stratégie sera probablement de vous retirer temporairement.
Dire à votre enfant : « Je suis trop en colère, je vais aller me calmer et je reviens » est aussi un excellent modèle de régulation. Vous lui enseignez que parfois, on doit prendre soin de soi avant de pouvoir interagir avec les autres. Vous pourriez même être surpris de le voir, avec le temps, adopter cette stratégie par lui-même! Souvenez-vous, les enfants apprennent par imitation. Ne manquez pas alors de souligner ses efforts et de lui rappeler que vous êtes disponible au besoin.
Les enfants ont chacun des besoins différents en matière de régulation émotionnelle, même les jumeaux et les triplés!
Je vous partage mon histoire personnelle : Un de mes jumeaux a besoin d’espace lorsqu’il est envahi par ses émotions. Lorsqu’il était petit, toute intervention de ma part amplifiait sa réaction et m’exposait à recevoir les élans de sa colère. Je devais donc simplement lui nommer que je voyais qu’il était fâché, que je comprenais qu’il le soit et je m’éloignais. On revenait ensuite sur la situation, une fois la tempête passée. J’en ai reçu bien des coups avant de comprendre son besoin d’espace! J’étais alors fâchée de les recevoir, et avec raison, mais cela s’est amélioré quand j’ai compris que j’avais une part de responsabilité dans la situation. J’ai dû réajuster mes lunettes.
Son frère jumeau, au contraire, recherchait immédiatement la proximité, les câlins et l’écoute en situation de crise. Si j’intervenais de la même manière qu’avec son frère, en lui laissant de l’espace, j’augmentais son sentiment d’insécurité. Je devais donc mettre autre paire de lunettes avec lui. Comme parent, il est donc essentiel de s’adapter à la fois au tempérament de l’enfant et aux circonstances du moment.
Il est normal de trouver tout cela plus facile à dire qu’à faire. Comme décrit précédemment, accueillir les émotions demande d’avoir soi-même de l’espace intérieur disponible, ce qui constitue déjà un défi dans un quotidien chargé de parent de multiples. Vous n’êtes pas obligé de tout faire seul. Plusieurs personnes peuvent vous aider à ajuster vos lunettes, que ce soient avec des professionnels ou avec l’aide de votre partenaire ou d’autres parents.
Prendre soin de vous et de vos émotions avec bienveillance, c’est aussi une façon de prendre soin de vos enfants.
Et pour terminer, un conseil simple, mais l'essentiel : ayez du plaisir en famille. Il est facile de se laisser emporter par la routine et les obligations, au point d’en d’oublier l’essentiel : le plaisir d’être ensemble. De petits moments de connexion sincères, de coeur à coeur, au quotidien, peuvent faire une grande différence dans le climat familial. Et aider à teinter vos lunettes avec un peu plus de rose!
QUAND CONSULTER UN PSYCHOÉDUCATEUR ?
La psychoéducation est une discipline spécialisée dans les capacités adaptatives des personnes. Son objectif est de mettre en valeur leurs forces et de favoriser le développement de nouveaux repères afin de retrouver un équilibre sain et positif dans leur quotidien. Le psychoéducateur privilégie l’intervention dans les milieux de vie et le partage du quotidien. Ses interventions peuvent se dérouler de manière individuelle, familiale ou en groupe.
Au Québec, le psychoéducateur est membre d’un ordre professionnel, soit l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec. Cette appartenance vise à assurer la protection du public et à encadrer la compétence et la pratique des professionnels. Les psychoéducateurs doivent notamment respecter des exigences de formation continue afin de maintenir leurs connaissances à jour, en fonction des avancées scientifiques et des pratiques fondées sur les données probantes.
Les joies de la parentalité peuvent parfois être accompagnées de défis qui rendent le quotidien familial plus difficile. Si vous éprouvez des difficultés liées à la gestion des comportements, aux crises, au sommeil, à l’anxiété, aux problèmes scolaires ou à la discipline, les services de psychoéducation peuvent vous offrir un accompagnement adapté à votre situation.
Qu’il s’agisse d’une difficulté passagère ou d’une situation qui perdure depuis longtemps, notamment sur le plan de la dynamique familiale, de l’organisation ou de la planification du quotidien, vous n’avez pas à tout affronter seuls. Un accompagnement en psychoéducation peut vous aider à mieux comprendre les difficultés rencontrées et à trouver des stratégies adaptées aux besoins de votre famille. Voici quelques exemples de situations dans lesquelles un psychoéducateur pourrait vous accompagner :
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Mieux comprendre les besoins et les émotions de vos enfants.
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Accompagner vos enfants de 2 à 6 ans avec bienveillance et fermeté.
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Favoriser une relation de confiance avec votre enfant.
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Apprendre à gérer les crises sans perdre le contrôle.
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Réduire votre sentiment de culpabilité parentale.
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Encadrer les comportements de vos enfants de manière efficace.
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Mettre en place des stratégies favorisant des changements durables.
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Développer une approche cohérente et constante dans vos interventions.
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Former une équipe coparentale solide et améliorer votre communication, que vous soyez ensemble ou séparés.
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Retrouver davantage de plaisir dans votre quotidien familial.
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Mieux comprendre et accompagner votre enfant vivant avec un diagnostic, comme le TDAH.
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Trouver des stratégies pour surmonter les difficultés liées au sommeil, aux repas, à l’attitude, à l’opposition ou à l’anxiété.
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Accompagner votre enfant lorsqu’il traverse un deuil.
Pour les parents de jumeaux, triplés et plus, les défis du quotidien peuvent prendre une dimension bien particulière. Accompagner plusieurs enfants du même âge, composer avec leurs besoins parfois simultanés, gérer les rivalités et les tempêtes émotionnelles, tout en respectant l’individualité de chacun, demande beaucoup d’adaptation. La psychoéducation peut offrir aux familles de multiples un accompagnement précieux pour mieux comprendre les comportements de leurs enfants, développer des stratégies adaptées à leur réalité et retrouver un équilibre familial plus serein.
Parce qu’élever des multiples comporte des défis bien à soi, les solutions méritent aussi d’être adaptées à cette réalité!
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APPRENDRE À GERER LEURS RÉACTION FACE À LA COLÈRE
Il est normal que les jumeaux se heurtent fréquemment, car ils ont tendance à passer beaucoup de temps ensemble. Les confrontations entre les plus petits consistent généralement à tirer les cheveux, à gratter, à pousser ou à mordre, car ils ne communiquent toujours pas bien.
Ces combats devraient diminuer avec l’âge. Il est inévitable qu'ils se battent, et cela fait partie de leur développement de jumeaux, puisque c'est la manière dont ils apprennent à défendre ce qui leur appartient : leurs jouets, leur espace ou leurs opinions. C'est ainsi qu'ils acquièrent d'autres compétences et leur propre identité.
Premièrement, il faut accepter que comme tous les frères et soeurs (incluant les autres jumeaux), les vôtres vont aussi se disputer et se battre!
Comprenez pourquoi ils se battent, pour éviter les déclencheurs. S'ils passent beaucoup de temps ensemble, vous pouvez prévoir de courtes périodes pour qu'ils puissent jouer séparément avec leurs propres jouets dans des espaces sûrs à la maison. Ne présumez pas qu’ils sont nés en sachant partager, car ce n’est pas le cas. Il peut être plus pratique de préparer des jouets en double ou similaires, ou de les utiliser à tour de rôle.
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Reconnaissez et validez leurs émotions
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Découvrez, en dialoguant avec chacun, ce qui a déclenché la dispute. Vous pouvez discuter des solutions alternatifs au combat ensemble.
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En fonction de leur âge, essayez de ne pas intervenir immédiatement, essayez de les amener à résoudre eux-mêmes leurs conflits, en adoptant une position neutre.
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Travaillez les règles et les limites en famille pour qu'ils apprennent à se respecter et que les conflits soient réduits.
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Évitez de comparer les jumeaux, car cela engendre une rivalité entre eux et déclenche des conflits inutiles.
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Recherchez des petits moments seuls avec chaque jumeau, pour qu'ils se sentent pris en charge individuellement, même si cela dure 10 minutes par jour.
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Essayez de rester calme autant que possible, car vous êtes leur meilleur exemple.
QUAND CE N'EST PAS TOUJOURS FACILE AU QUOTIDIEN ...
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Ils veulent EXACTEMENT le même jouet ?
Nommer à qui appartient le tour, utiliser un minuteur visuel si utile, proposer des objets semblables ou mettre temporairement de côté un jouet qui crée trop de conflits. Il n’est pas nécessaire de forcer le partage de chaque objet.
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Une crise… puis deux ou même trois ?
Répondez d’abord au besoin le plus urgent. Reconnaissez brièvement l’émotion des autres : « Je vois que tu pleures aussi. Je viens vers toi dès que j’ai terminé avec ton frère. » Revenez vers eux dès que possible.
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Faut-il intervenir dans toutes leurs disputes?
Lorsque la situation est sécuritaire et que l’âge le permet, laissez-leur parfois l’occasion de chercher une solution. Intervenez si la dispute devient physique ou si un enfant domine constamment l’autre.
Une petite dose d'exclusivité comme lire une histoire avec un seul enfant, l’emmener faire une course ou lui accorder dix minutes d’attention exclusive peut lui rappeler qu’il existe aussi individuellement. Mais rappelez-vous surtout …
Vos enfants sont nés ensemble, mais ils n’ont pas à grandir exactement au même rythme. Il y aura des câlins et des morsures, des éclats de rire et des crises de bacon. Au milieu de tout cela, ils apprennent. Et vous aussi. Être présent, apprendre à connaître chacun de vos jumeaux et accepter que certaines journées soient plus difficiles que d’autres, c’est déjà beaucoup ! Good job maman, good job papa !

LIENS INTÉRESSANTS À CONSULTER:
Sources :
« Qu'est-ce que Triple P », CIUSSS de la Capitale-Nationale, page consultée le 5 janvier 2025.
Carré, Philippe. « Bandura : une psychologie pour le XXIe siècle? », Savoirs, 2004/5, hors série, p. 9-50, Éditions L'Harmattan.
« Le stress », Fédération pour la Recherche sur le Cerveau, page consultée le 22 janvier 2026.
4-5. Lamarque, Troupel (2015). « Mères et pères d'enfants jumeaux : quelles spécificités? », Dialogue, 2015/1, no 207, p. 117-126. Toulouse, France : Éditions Érès.
Filliozat, Isabelle. Il n'y a pas de parent parfait : l'histoire de nos enfants commence par la nôtre. Éditions Marabout, 2008, p. 121.
Markie-Dadds, C., Turner, Karen M. T. et Sanders, Matthew R. Fiche-conseil « Être parent », Triple P International, version française universelle, 2016.
Conférence « Choisissons la bienveillance », Joël Monzée, docteur en neurosciences, offerte par le CIUSSS de la Capitale-Nationale, 23 décembre 2021.
Twins Trust. How to manage sibling competition and jealousy.
Twins Trust. Managing expectations around twins' and triplets' behaviour.
Raising Children Network. Children sharing and learning to share.
American Academy of Pediatrics / HealthyChildren.org. 10 Tips to Prevent Aggressive Behavior in Young Children.
ZERO TO THREE. Coping With Aggression and Teaching Self-Control in the Early Years.
1.’’Qu’est-ce que Triple P’’ Page consultée le 5 janvier 2025 https://www.ciusss-capitalenationale.gouv.qc.ca/triplep/a-propos/triple-p
2. Bandura : une psychologie pour le XXIe siècle ? Philippe Carré Dans Savoirs 2004/5 Hors série, pages 9 à 50, Éditions L'Harmattan
3. ‘’Le stress’’ https://www.frcneurodon.org/comprendre-le-cerveau/a-la-decouverte-du-cerveau/le-stress/ Page consultée le 22 janvier 2026
4,5. Lamarque, Troupel (2015). Mères et pères d'enfants jumeaux : quelles spécificités ? Dialogue, 2015/1 n° 207 (pp 117 à 126). Toulouse, France. Éditions Érès.
6. Filliozat, Isabelle. Il n’y a pas de parent parfait, l’histoire de nos enfants commence par la nôtre. Éditions Marabout, 2008. Page 121.
7. Markie-Dadds C., Turner Karen M.T, Sanders Matthew R. Fiche conseil ‘’Être parent’’, Triple P International, version française universelle, 2016.
8. Conférence ‘’Choisissons la bienveillance’’ par Joël Monzée, Docteur en neurosciences, offerte par le CIUSSS de la Capitale-Nationale le 23 décembre 2021.




