Témoignages sur l'allaitement

Mon histoire d'allaitement triple.

Tanya, maman de 4 dont des triplées.

Tout a commencé un beau matin, à 13 semaines et quelques jours d’aménorrhée, j’ai eu ma clarté nucale pour ma 2e grossesse.

 

Vous pouvez vous imaginer la surprise en apprenant qu’il y avait 3 petits cœurs qui battaient dans mon ventre! Je venais de vivre une maternité de rêve avec ma première fille, je l’avais allaité jusqu’à 8 mois. J’avais cessé d’allaiter pour pouvoir tomber enceinte, on voulait des enfants d’âges rapprochés. Une des premières questions que j’avais fut la suivante: pourrais-je allaiter trois petits bébés, qui risquaient fort probablement d’être prématurés?

 

J’ai eu beaucoup de difficulté à trouver de l’information et particulièrement à trouver des témoignages d’allaitement triple. Ce qui m’a beaucoup aidé fut l’expérience d’allaitement que j’avais et aussi le fort désir de vouloir allaiter ces 3 petits êtres qui poussaient dans mon ventre.

 

Premièrement, je crois qu’il est important de comprendre comment le corps fonctionne pour la production de lait, c’est-à-dire, plus la demande est forte, plus le corps produit du lait. Il est très rare qu’une maman ne produise pas assez de lait pour ses enfants. Deuxièmement, le corps se prépare pour l’allaitement tout au long de la grossesse, la libération d’hormones lors de l’accouchement favorise le début de l’allaitement. Lors d’un accouchement prématuré, le fait que nous ne puissions pas avoir nos bébés en peau à peau et le fait qu’on ne fera pas de mise au sein dans les premières heures de vie ne nous aident pas.

 

Cependant, on peut débuter notre production au tire-lait. J’ai dû apprendre à aimer cette petite machine que je détestais tant… J’avais bien pris soin d’amener mon tire-lait avec moi pour mon accouchement afin de l’avoir dans la salle de réveil. Dès qu’on m’y a amené, j’ai tout de suite commencé à tirer mon lait. Je n’ai eu que 1 ou 2 gouttes par seins, mais c’était un bon début. Pendant l’interminable attente pour avoir le droit de me lever et aller voir mes filles, j’ai rencontré l’IBCLC (International Board certified lactation consultant) qui m’a prêté le tire-lait d’hôpital et qui m’a encouragé à tirer mon lait aux 3h, tous les jours. Finalement, mon parcours de tire-lait a été assez pénible, ma production n’augmentait pas. C’était assez décourageant. Après environ 10 jours, j’ai commencé à prendre de la dompéridone pour me donner un petit coup de pouce, et en continuant à tirer mon lait tous les 2/3h, j’ai finalement été capable de tirer environ 900 ml par jour, ce qui est suffisant pour un bébé, mais pas pour trois.

 

J’ai toujours eu à faire de l’allaitement mixte: au début avec du lait humain (don de lait maternel) et ensuite avec du lait commercial. Par chance, je savais que le tire-lait ne représentait pas la production réelle que je pouvais avoir. C’était une inquiétude que j’avais eue avec ma première fille. J’avais confiance que dès que je pourrais mettre mes filles au sein, je serais capable de les allaiter presque exclusivement.

 

Puis, l’étape de la première mise au sein, enfin! J'ai été extrêmement chanceuse car tout s'est bien déroulée pour mes trois cocottes. Avec bébé C, on a dû essayer la téterelle à l’hôpital, mais une fois à la maison, ce n'était plus nécessaire. Pendant cette période, les filles avaient des biberons quand j'étais absente et j’essayais le plus possible de faire 2 allaitements par bébé tous les jours pour les habituer à prendre le sein, pas seulement le biberon.

 

Il y a aussi une technique pour que le lait du biberon ne coule pas trop vite, pour imiter le plus possible l’allaitement. Idéalement il faut utiliser une tétine à débit très lent, et donner le biberon en position latérale, donc bébé est accoté sur un coussin sur son côté. On remplit la tétine de lait, mais le biberon ne doit pas être à l’envers, mais bien sur le côté pour que le bébé soit obligé de travailler pour tirer le lait, un peu comme il fait quand on allaite.

 

Finalement nous avons eu nos congés de l'hôpital, à environ une semaine d’intervalle par bébé. Arrivés à la maison, nous devions continuer à donner du lait enrichi puisque les filles avaient encore des petits poids. Nous avons donc décidé de continuer avec l’allaitement mixte car c’était aussi plus facile pour mon conjoint et ma famille qui pouvait m’aider un peu.

 

J’ai aussi décidé d’arrêter de tirer mon lait. On donnait à boire aux bébés à la demande, si les trois réclamaient en même temps, j’en allaitais deux et la troisième avait un biberon de lait enrichi. En moyenne, elles avaient toutes 2 biberons par jour et le reste était en allaitement. Si je voyais qu’une d’entre elles commençait à préférer le biberon, je la mettais seulement au sein pendant 2-3 jours et ça se plaçait.

 

Il est important de trouver la position qui nous convient, et d’avoir un bon coussin d’allaitement double. Je conseille fortement le coussin My Brest friend double. J’ai aussi découvert des groupes Facebook sur l’allaitement triple, où des mamans font du tire-allaitement exclusif, de l’allaitement mixte ou de l’allaitement exclusif. Il y a beaucoup d’informations, mais l’important est de se fier à notre feeling et à nos besoins.

 

Pour moi, l’allaitement m’a beaucoup aidé dans le lien d’attachement si particulier que j’ai vécu avec mon trio… J’ai souvent voulu arrêter, parce que c’était parfois difficile, mais je crois que ce qui est difficile est d’avoir des jumeaux/triplés, que ça soit au biberon ou au sein… chaque façon de nourrir son enfant a ses avantages et ses inconvénients, il faut s’écouter et faire de son mieux.

 

Voici mes conseils principaux pour réussir un allaitement multiple :

• Tirer son lait le plus vite possible après l’accouchement si ce n’est pas possible de mettre les bébés au sein.

• Tirer son lait le plus possible aux 3 heures, faire le plus de peau à peau possible et se reposer le plus possible.

• Une fois que les bébés prennent le sein, continuez en vous écoutant et en écoutant vos bébés.

 

Faites-vous confiance. J’ai finalement arrêté d’allaiter mes filles à environ 15 mois (je voulais me rendre à un an d’âge corrigé), les derniers mois, je les allaitais une ou deux fois par jour puisqu’on avait intégré le lait de vache au gobelet. J’espère que mon histoire pourra vous aider et vous encourager. Si vous avez besoin d’aide vous pouvez consulter votre CLSC ou trouver une marraine d’allaitement. Il y a plusieurs groupes d’aide qu’on peut trouver facilement sur internet. Je vous souhaite une histoire d’allaitement aussi magique que la mienne!

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Crédits photos: Mamans Pieuvres 

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Crédits photos: Mamans Pieuvres 

Trucs pour réussir son allaitement double.

Valérie, maman de jumeaux.

Malgré la jaunisse des bébés, les crevasses, les mastites, l’hospitalisation de mon garçon suite à des arrêts respiratoires, les nuits blanches à allaiter aux 2-3 heures, les tétées regroupées, mon régime d’éviction pendant 5 mois, le découragement des membres de ma famille et mes nombreuses remises en question, j’en suis à 7 mois d’allaitement! Il faut définitivement être prête à relever tous les défis possibles en lien avec l’allaitement. Pour ma part, je tenais très fortement à allaiter (peut-être trop selon mon conjoint). Voici donc mes quelques trucs et astuces pour un réussir son allaitement double:

 

  • Se trouver une marraine d’allaitement avant d’accoucher puisque selon moi c’est la clé! Sans elle, j’aurai abandonné à plusieurs reprises.
     

  • S’équiper d’un tire-lait électrique double (autant pour la stimulation/augmenter la production, pour se faire une petite réserve).
     

  • Avoir un coussin d’allaitement double (Breast friend) et investir dans une bonne causeuse (Dutailier) ou allaiter dans le lit.
     

  • À l’hôpital, apporter son coussin d’allaitement et son tire-lait.
     

  • Être ouverte aux différentes options afin d’augmenter sa production (produits naturels, levure de bière, tisane d’allaitement, power pumping et même la médication).
     

  • Maximiser l’allaitement en tandem pour une économie de temps!
     

  • Idéalement, avoir un chandail d’allaitement ou un châle d’allaitement lorsqu’on est à l’extérieur (pour celles qui sont plus pudiques). À l’extérieur, j’allaite les bébés chacun leur tour tandis qu’à la maison, c’est plus simple de retirer mon chandail tout simplement.
     

  • Avoir toujours à disposition une bouteille d’eau et des collations. Pour ma part, j’ai TOUJOURS faim alors c’est pratique d’avoir des collations déjà prêtes (boule d’énergie et muffins aux congélateur, fruits coupés, noix sur le comptoir).

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Crédits photos: Mamans Pieuvres 

 

Mes quatre mois d'allaitement exclusif.

Laurence, maman de 4 dont des triplés.

L’allaitement était très important pour moi. J’avais allaité ma plus vieille et je voulais absolument allaiter mon trio aussi. J’ai donc consulté la conseillère en allaitement de ma ville et j’ai fait part de mon désir à chaque rencontre aux médecins, gynécologues et pédiatres. 

 

Pour commencer, la conseillère en allaitement, Louise Bonneau (Éveil-naissance, Roberval), m’a reçu dans son bureau. Je l’avais déjà contacté pour Juliette alors je savais qu’elle allait pouvoir m’outiller. Lors de notre rencontre, j’ai appris plusieurs informations dont je vous fais part. 

  • Il est possible d’avoir assez de lait pour trois bébés, et même plus
     

  • Il existe des coussins d’allaitement spécialement créé pour des jumeaux-triplés 
     

  • Un tire-lait électrique double est disponible dans la majorité des pouponnières à l’hôpital
     

  • Les infirmières à la pouponnière sont formées par des conseillères en allaitement 
     

  • On peut demander aux conseillères de venir nous aider à l’hôpital
     

  • Il est possible d’entamer l’allaitement même si les bébés ont d’abord un tube de gavage 
     

  • Et, bien sûr qu’il allait me falloir de l’aide… En effet, la routine d’allaitement ou des boires pour trois bébés est assez longue incluant le changement de couches pour réveiller ces petits poids plume, la mise au sein, le dit boire et le fameux rot. Pour mon mari et moi, c’était clair que je ne pouvais pas accomplir cette tâche toute seule. 
     

Puisque mon mari est rapidement retourné au travail, nous avons demandé de l’aide à des amis proches et nous avons également engagé une « nounou » pour nous aider (j’avais aussi une plus vieille à divertir). Il ne faut pas oublier que trouver trois places en garderie pour des poupons est assez difficile… Sans dire que le maximum est de deux poupons en milieu familial. Bref, nous allions avoir besoin de quelqu’un si je voulais retourner au travail avant le fameux 18 mois des triplés. 

 

Puis, j’ai dû être hospitalisée à partir de 31 semaines, car mon col était effacé et dilaté. Ce qui est peut-être normal pour une grossesse de triplés à ce stade, mais qui terrifiait quand même les gynécologues parce que j’habite à 1h30 de l’hôpital. Durant mon séjour, j’ai demandé à voir le pédiatre et j’ai pu lui poser toutes mes questions et lui faire part de mon désir d’allaiter à plusieurs reprises… Eh oui, je suis insistante, mais cela aura servi. J’ai eu ma césarienne élective à 35 semaines et 2 jours. Les bébés étaient parfaits. Ils n’ont pas eu besoin d’aide respiratoire à la naissance, rien de rien! Seulement un peu de temps en incubateur puisqu’ils étaient petits. Ainsi, j’ai pu les mettre au sein dès la première journée. C’était MAGNIFIQUE! Bien sûr, cela a pris beaucoup de patience et de volonté, mais c’est l’un des plus grands accomplissements de ma vie. 

À la pouponnière, les infirmières et mon conjoint changeaient les couches des bébés et ils me les amenaient aux trois heures à cause de leur petit poids (Eh oui, on était obligé de les réveiller jour et nuit). Pendant ce temps, je m’installais avec mes multiples oreillers et coussins afin d’accueillir mes minous. En fait, vu la taille des bébés, le coussin d’allaitement double ne m’a été d’aucune utilité… Je prenais un coussin d’allaitement standard sous lequel j’installais des oreillers afin de mettre les bébés à la bonne hauteur.

 

J’allaitais deux bébés à la fois en position football et je prenais ensuite le troisième en madone (ou autre) tout en tirant mon lait du sein inoccupé avec le tire-lait électrique de l’hôpital (beaucoup plus performant que mon tire-lait électrique simple Medela). Ouf! Je me relis et je trouve ça intense, mais ça en vaut la peine! Nous avons établi une routine et nous l’avons poursuivie à la maison. 

J’allaitais aux 3-4 heures deux bébés à la fois (j’essayais de prendre celui qui avait bu en dernier en premier) et j’y allais au feeling pour choisir le dernier sein… afin d’avoir une production de lait égale. Louise avait raison. J’avais assez de lait pour tout le monde! Rendue à la maison, je ne tirais plus mon lait. Donc après l’allaitement, je pouvais me reposer pendant que les bébés étaient repus de lait… Je n’avais pas de biberons à laver ni à stériliser, pas d’eau à faire bouillir ou de mélange de lait à préparer. J’allaitais toujours les trois en même temps afin de garder une routine et du temps pour me reposer.

 

Cependant, je ne pouvais jamais être seule pour l’allaitement. Autant le jour que la nuit. Cela aurait été beaucoup trop long. Déjà que ça prenait un bon 45 minutes pour les trois, comparé à 1h à la pouponnière. Au moins il y avait une améllioration!

J’ai malheureusement dû arrêter l’allaitement de mes triplés quand ils ont attrapé un VRS (virus respiratoire syncytial). Ma triplette a dû être intubée au CHUL (Centre hospitalier de l’université de Laval) et les gars étaient eux en pédiatrie… Bref, je vous épargne les détails des montagnes russes que nous avons vécues. Je tiens toutefois à préciser que l’intensiviste du CHUL disait que Clara n’allait pas reprendre le sein suite à son extubation et que ce serait le biberon… Eh bien, je me suis exprimée et j’ai pu l’allaiter au lieu de lui présenter le biberon. La conseillère en allaitement de Québec est également venue me voir, mais elle n’avait rien à redire… Quand ça fait déjà 4 mois que tu allaites des triplés, tu acquiers une certaine expérience. À la suite de notre séjour de deux semaines au manoir Ronald McDonald de Québec, nos routines ont été bousculées et j’ai arrêté l’allaitement. 

Quand je repense à l’allaitement de mon trio, je suis nostalgique… Je me trouve choyée d’avoir pu vivre autant de moments collés-collés avec mes trois bébés. Je suis fière d’avoir réussi mais aussi triste d’avoir dû arrêter plus tôt que prévu. Ça restera des moments précieux gravés dans ma mémoire pour toujours. 

 

Laurence, maman comblée

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Crédits photos: Mamans Pieuvres