LE SOUTIEN D'UNE MARRAINE

Par Geneviève Drolet

Publié le 15 mars 2021

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Crédits photos: Marimay Loubier

Il y a beaucoup à dire sur l’allaitement, et d’autant plus sur l’allaitement en double. Les défis ne résident pas tant dans l’allaitement en tant que tel, mais dans ses débuts, facilement perturbés par les interventions médicales (souvent beaucoup plus nombreuses dans le cas des naissances gémellaires), qui ont des conséquences significatives sur son bon démarrage. La prématurité est aussi un enjeu à considérer, les petits bébés étant plus sujets à l’hypoglycémie. Afin de pallier ces défis parfois importants, il est primordial d’être bien accompagnée dans le processus. Les marraines d’allaitement et les accompagnantes à la naissance sont des intervenantes formées en ce sens, et leur rôle est d’informer, de soutenir, d’écouter, et de permettre à la maman de « … trouver et maintenir ou de retrouver une autonomie et une compétence dans le domaine qui est l’objet de sa demande. » (Laure Marchand Lucas, les cahiers de la puéricultrice numéro 188 juin 2005).

Je suis marraine d’allaitement depuis juin 2020, mais je me passionne pour le sujet depuis l’allaitement de mon premier enfant né en 2016. Avant de donner naissance, mon désir d’allaiter était présent, j’avais envie de tenter le coup, sans pression. Le cours sur le sujet organisé par la maison de naissance m’avait laissée perplexe. Beaucoup d’informations me semblaient floues, et peu concrètes. Avec un peu de chances et des conditions favorables (un accouchement physiologique sans intervention et un climat de soutien à la maison), l’allaitement de mon garçon s’est déroulé sans trop de défis importants. Plus j’avançais dans ce parcours, plus je tenais à ce lien profond avec mon enfant et plus je prenais connaissance des nombreuses embûches qui peuvent survenir lors de ce voyage.

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Crédit photos: Geneviève Drolet

J’ai beaucoup fréquenté les haltes-allaitement se déroulant au centre communautaire de mon quartier et c’est à ce moment que j’ai réalisé l’ampleur du gouffre subsistant entre les attentes en matière d’allaitement, l’information (souvent biaisée ou erronée) véhiculée par notre entourage et la société, et la réalité de la pratique. Peu de familles me semblaient outillées pour entreprendre ce processus. J’ai eu envie de m’impliquer davantage dans ce milieu.

À la naissance de mes jumeaux, j’étais déjà persuadée de mon désir d’allaiter, peu importe les embûches. Elles ont été nombreuses. J’ai eu la chance de pouvoir me rendre très loin dans ma grossesse (pas autant que je l’aurais désiré), mes jumeaux sont nés à 38 semaines par césarienne planifiée. Malgré mon désir de me préparer à cet événement, je peux affirmer a posteriori que je ne l’étais visiblement pas assez. Les interventions médicales (déclenchement, péridurale, utilisation d’ocytocine synthétique tout au long du travail, la césarienne, protocoles à la naissance, etc.) comme je l’ai mentionnée plus haut, sont loin de favoriser un bon démarrage des pratiques d’allaitement. Elles peuvent altérer les réflexes du bébé, ses compétences et son rythme.

La césarienne (très fréquente dans les naissances gémellaires) vient souvent retarder la montée laiteuse chez la mère, ce qui ouvre facilement la porte aux préparations commerciales, alors qu’il existe d’autres options pour protéger l’allaitement, la production, et l’organisation au sein de la dyade. Afin de diminuer l’impact de ces interventions, plusieurs conditions peuvent être mises en place.

  • Le peau à peau (sans limite)

  • La cohabitation dès que possible

  • Retarder les routines hospitalières (pesée, bain, vitamine K), sauf en cas d’urgence médicale

  • Choisir un lieu de naissance favorable à l’allaitement (Initiative Amis des Bébés)

  • Dans le cas de bébés somnolents, on peut exprimer son colostrum à l’aide d’un tire-lait et leur donner à l’aide d’un cup ou une seringue (on peut même le faire avant l’accouchement et apporter avec nous nos seringues de colostrum congelé)

 

Il est important de souligner que même si le personnel médical est souvent bien intentionné, leur formation sur l’allaitement reste sommaire, et comme leurs priorités sont orientées vers d’autres objectifs, leurs interventions peuvent nuire au démarrage de l’allaitement. L’accompagnante peut faire équipe autant avec la famille que le personnel, dans le but de faciliter l’instauration de pratiques favorables. Le suivi avec une marraine ne se fera pas à l’hôpital, mais davantage en préparation avant la naissance, et en soutien postnatal.

 

Il est aussi possible de demander les services d’une consultante en lactation (IBCLC). Certains hôpitaux disposent de telles intervenantes, et plus il y aura de demandes venant des parents, plus ce service sera accessible. La marraine ou l’accompagnante n’est pas en mesure d’adresser certains défis de l’allaitement, et ces professionnelles de la santé sont là pour y répondre (Voir le site des consultantes en lactation).

Le rôle de la marraine ou de l’accompagnante n’est pas de stigmatiser l’usage de la formule ou des biberons (leur usage ne devrait pas être banalisé), mais d’informer les parents sur les bienfaits de l’allaitement et des risques du non-allaitement.

-Geneviève Drolet, marraine d'allaitement

Elle veut bien sûr promouvoir la pratique (l’Organisation Mondiale de la Santé recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois, et sa poursuite jusqu’à l’âge de deux ans), et elle sera en mesure de bien accompagner les parents (sans jugement) dans leurs choix (toujours éclairés), et de déboulonner les mythes entourant l’allaitement, les croyances, les peurs et les réticences des familles sur le sujet (ex. « je ne pourrai pas fabriquer assez de lait pour allaiter mes jumeaux »). Très peu de femmes souffrent d’un réel problème de production se situant au niveau biologique, il s’agit dans la plupart des cas d’une gestion non optimale de l’allaitement (tétées limitées en fréquence et en durée, introduction d’une suce ou de préparation commerciale, mauvaise prise, présence d’un frein de langue restrictif, tensions musculo-squelettiques, manque de soutien, etc).

N’hésitez pas à faire appel à un soutien en ce sens. Le service de marraine est gratuit, il se fait la plupart du temps par téléphone, courriel, ou texto, et il vous accompagnera dans tout le processus de l’allaitement, de la période prénatale jusqu’au sevrage de l’enfant.

 

Le service d’accompagnante est un peu différent, il se termine souvent en post-partum (6 semaines après la naissance de l’enfant) et couvre aussi le sujet de la naissance. C’est la plupart du temps un service payant, l’accompagnante étant présente au moment de l’enfantement (pas durant la pandémie en revanche). La formation en allaitement reste similaire dans les deux cas. Une intervenante qui a eu des jumeaux peut être un atout au niveau de la compréhension d’une situation particulière, mais ce n’est absolument pas un prérequis, ces dernières étant formées pour éviter de puiser dans leur bagage personnel, ce qui entraverait la relation d’aide. 

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Geneviève Drolet œuvre dans le domaine du cirque depuis plus de vingt-cinq ans. Elle se spécialise en équilibre sur les mains et en techniques aériennes. Entre les tournées, les voyages et les spectacles, elle a aussi écrit quelques romans (notamment Panik et Le guide des saunas nordiques), et un essai/récit sur la maternité féministe qui sortira en 2021. Sa carrière de cirque est en jachère forcée en raison de la pandémie, mais elle est récemment retournée aux études à temps partiel afin d’appliquer au programme sage-femme. Geneviève est une maman pieuvre de trois enfants de moins de 5 ans (dont des didis) et belle-maman de deux adolescentes. Elle entend le mot Maman! au moins vingt milliards de fois par jour!